Les produits structurés sont souvent présentés comme une réponse universelle aux marchés incertains.
Leur succès récent pourrait laisser penser qu’ils constituent une solution naturellement adaptée aux profils les plus prudents.
Pourtant, une analyse économique rigoureuse, largement partagée par les travaux de place et par les constats des régulateurs, conduit à une conclusion plus nuancée: l’intérêt d’un produit structuré dépend avant tout du profil de risque du client et de la nature exacte de la protection offerte.
L’aversion au risque ne se traduit pas mécaniquement par un besoin de produits complexes. Elle exprime d’abord une volonté de limiter la probabilité de perte nominale, parfois au prix d’un rendement plafonné.
C’est précisément sur ce terrain que certains produits structurés peuvent créer une valeur réelle.
Lorsqu’un produit structuré garantit strictement la conservation du capital à maturité, il peut répondre à un besoin économique identifiable, notamment pour les investisseurs fortement averses au risque.
Dans ce cas, le mécanisme est clair : le client accepte une performance plafonnée en échange d’une réduction significative du risque de perte nominale, avec une visibilité temporelle précise sur son investissement.
Pour ces profils, la structuration permet d’arbitrer consciemment entre rendement et sécurité. Même après prise en compte des frais d’ingénierie et d’intermédiation, ce type de produit peut constituer une solution rationnelle, à condition que la garantie soit réelle, clairement comprise et alignée avec l’horizon d’investissement.
La situation change sensiblement dès lors que la protection du capital devient partielle, conditionnelle ou dépendante d’un seuil de marché. Les analyses de place montrent alors que la création de valeur devient beaucoup plus incertaine.
Dans ces configurations, les frais d’ingénierie, les coûts de distribution et la complexité intrinsèque du produit pèsent lourdement sur la performance attendue.
En moyenne, leur impact négatif excède souvent le bénéfice espéré par rapport à des stratégies plus simples et plus transparentes.
Autrement dit, hors garantie réelle du capital, le produit structuré tend à redistribuer une partie de la valeur au détriment de l’investisseur final, en particulier lorsqu’il est comparé à une allocation passive ou multi-actifs construite avec discipline.
Ce constat rejoint les points de vigilance régulièrement exprimés par les autorités de supervision sur l’adéquation entre produit, coût et intérêt économique pour le client.
Les coupons élevés constituent l’un des principaux arguments commerciaux des produits structurés. Pourtant, ils ne reflètent qu’imparfaitement la réalité économique de l’investissement.
Derrière un rendement affiché attractif se cachent souvent une probabilité de réalisation plus faible qu’anticipé, une exposition asymétrique aux scénarios défavorables et une immobilisation du capital sur des horizons parfois longs.
Pour un investisseur capable d’assumer la volatilité et disposant d’un horizon de long terme, des solutions indicielle ou multi-actifs offrent, nettes de frais, un couple rendement/risque souvent plus favorable.
Le structuré ne devient pertinent que lorsqu’il répond à une contrainte spécifique, et non comme substitut systématique à une allocation diversifiée.
Cette analyse ne condamne pas les produits structurés. Elle élève, en revanche, le niveau d’exigence du conseil.
Le rôle du CGP est précisément d’identifier les profils réellement averses au risque, de distinguer protection psychologique et protection économique, et d’expliciter de manière transparente le coût réel de la structuration.
Un produit structuré n’a de sens que lorsqu’il répond à un besoin précis, assumé et compris par le client.
À défaut, la complexité devient un facteur de confusion plutôt qu’un levier de valeur.
Les produits structurés ne sont ni des produits miracles, ni des produits à proscrire. Ce sont des outils puissants, mais coûteux, complexes et exigeants.
Ils prennent tout leur sens lorsqu’ils offrent une véritable garantie de capital, ou lorsqu’ils s’inscrivent dans une relation de conseil où la pédagogie, la transparence et l’alignement d’intérêts priment sur le rendement facial.
Dans tous les autres cas, l’analyse économique rappelle une vérité simple : la complexité ne crée pas automatiquement de la valeur.
IRBIS / Patrimoine24, Observatoire des produits structurés
https://www.patrimoine24.com/images/IRBIS-Observatoire-brochure_2609.pdf
Club Patrimoine, Produits structurés : analyse et tendances du marché français
https://www.clubpatrimoine.com/contenus/analyse-produits-structures
ACPR & AMF, Analyse du marché français des produits structuré
https://acpr.banque-france.fr/fr/actualites/le-pole-commun-de-lamf-et-de-lacpr-publie-son-analyse-du-marche-francais-des-produits-structures